Barrage sur le Lukuga : L’étude cruciale pour dompter les eaux capricieuses du lac Tanganyika

Le lac Tanganyika, géant africain et deuxième plus profond au monde, vit au rythme de ses humeurs. Ses variations de niveau, parfois spectaculaires, sont devenues une source majeure de souffrance pour les communautés riveraines.

Face aux inondations dévastatrices et aux périodes de basses eaux, les pays partageant ses rives – RDC, Tanzanie, Burundi et Zambie – ont décidé d’agir. Une étude de faisabilité cruciale vient d’être lancée pour évaluer la construction d’un barrage régulateur à l’unique exutoire du lac : la rivière Lukuga. Les chiffres parlent d’eux-mêmes.

Du niveau record de 783,3 mètres en 1878 aux crues récentes de 2024 (777,32 m), en passant par les étiages sévères comme celui de 772,5 mètres en 1902, le lac Tanganyika est imprévisible. Ces fluctuations entraînent des destructions d’infrastructures, des pertes en vies humaines et une dégradation de la qualité de l’eau, impactant des millions de personnes. L’idée d’un barrage sur la Lukuga, située en République Démocratique du Congo, n’est pas nouvelle.

Une étude antérieure financée par la Banque Mondiale en 2013 avait conclu à une régulation limitée (6 à 18% des sorties d’eau) et souligné l’importance du dragage et du contrôle de l’érosion. Mais la montée spectaculaire des eaux en 2024, causant des dégâts matériels et humains considérables, a remis ce projet au cœur des priorités. Une réunion ministérielle extraordinaire de l’Autorité du Lac Tanganyika (ALT) en octobre 2024 a acté la nécessité de cette étude de faisabilité comme action urgente. L’objectif est ambitieux : stabiliser le niveau du lac, réduire les risques d’inondation dans les ports, mieux contrôler l’écoulement vers le fleuve Congo via la Lukuga, et ouvrir la voie à un développement économique durable (énergie, irrigation, navigation).

Avant tout chantier, une analyse rigoureuse est indispensable. L’étude en cours, d’une durée de six mois, devra trancher sur la faisabilité technique, économique, environnementale et sociale du barrage. Des consultants spécialisés sont recherchés pour mener à bien cette mission exigeante. Ils devront réaliser des analyses hydrologiques poussées, évaluer différentes options techniques, identifier le site optimal, analyser les impacts environnementaux et sociaux, et fournir un avant-projet sommaire accompagné d’un devis estimatif détaillé.

L’équipe devra être pluridisciplinaire, expérimentée dans les projets hydrauliques en Afrique, et capable de produire des rapports en français et en anglais dans des délais serrés. Le calendrier est tendu. Les propositions techniques et financières (plafonnées à 60 000 USD) doivent être soumises avant le 5 août 2025. La signature du contrat est prévue le 21 août, pour une remise du rapport final impérative le 21 janvier 2026. L’enjeu est de taille : offrir aux populations du bassin du Tanganyika une protection contre les caprices d’un lac majestueux mais redoutable, tout en posant les bases d’un avenir plus stable et prospère. L’étude en cours détermine si ce rêve peut devenir réalité.

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